Neutralité bienveillante
Quand j’étais étudiante, je me souviens qu’au cours de psychanalyse, la notion de « neutralité bienveillante » a été définie, expliquée, illustrée.
Dans un contexte de psychothérapie, qu’elle soit psychanalytique ou autre, je reconnais que cette notion est la base d’une approche de la personne qui soit le plus possible dénuée de jugement. C’est donc fondamental.
Tout au cours de ma vie professionnelle – qui n’a strictement rien à voir avec la psychologie -, j’ai souvent repensé à cette « neutralité bienveillante » : en face d’un client, en traitant un dossier, le fait de ne pas porter de jugement sur la personne permet, fort souvent, d’adopter une attitude créative et constructive qui ne serait pas possible autrement.

Par contre, dans tous les contextes de harcèlement et de maltraitance, je me rends compte que la même « neutralité bienveillante » est tout simplement criminelle. Elle permet à la personne qui s’en prémunit de ne pas porter de jugement, certes… mais surtout de mettre au frigo, de considérer comme « tabou » des attitudes, discours et comportements qui devraient pourtant être travaillés en profondeur, déminés, pour que se dégagent des pistes de solution à long terme du problème.
Sans prise de position ferme, la personne qui est censée aider les protagonistes d’une situation de harcèlement en arrive à :
- neutraliser (c’est-à-dire renforcer) la position du harceleur,
- neutraliser (c’est-à-dire affaiblir encore plus) la position du harcelé.
Et si le harcelé décide de ne pas accepter cette position de neutralité, il court le risque de porter la responsabilité de l’échec de la tentative de médiation / conciliation. Bref, la quadrature du cercle.
Je pourrais dire « on n’est pas sortis de l’auberge »… et pourtant, je commence à avoir une petite idée de la façon d’en sortir… il « suffit » que ça mûrisse encore un peu dans ma p’tite tête…
Le fils et son père
En toute objectivité,
et c’est pas parce que c’est moi qui l’ai éduqué,
mais je trouve que mon fils est devenu un homme super !
Au moment du divorce, son père a tout à fait démissionné : il s'est remarié très vite, a eu deux enfants, est parti vivre en France, et n’a plus donné signe de vie que de très loin en très loin, laissant ici un gamin qui s’est posé des milliers de questions restées sans réponse jusqu’il y a très peu de temps.
Je me suis toujours fait un point d’honneur à ne jamais salir l’image du père aux yeux du fils… restant très évasive face à certaines interrogations… même si, à certains moments, il a exprimé des reproches à mon égard…
Ils ont repris contact il y a un peu plus de 3 ans, mais c’est difficile : le père essaie de convaincre le fils que c’est à cause de la mère qu’il a dû s’en aller loin et ne plus donner de nouvelles.
Et maintenant, le fils dit à son père : « écoute, papa, ne me casse pas les oreilles avec vos histoires de divorce d’il y a 25 ans ; si je suis ce que je suis aujourd’hui, ce n’est pas grâce à toi. Mais si nous oublions le passé, nous pouvons construire, aujourd’hui, une relation qui peut être chouette. Je suis là. Mais arrête de tout mettre sur le dos de maman, tu n’arriveras plus à me convaincre ».
Malheureusement, le père ne semble pas capter le message, et la relation reste tendue… à la grande déception du fils…
Il n’empêche que je suis très fière de la démarche de mon fils… je trouve qu’il y a, à l’appui de cette démarche, une maturité tout à fait extraordinaire.
Quel bonheur !
Non, "chieuse" n'est pas ma nature profonde...
Cette semaine, je n’ai travaillé qu’un jour ½, mais il a été riche en émotions et enseignements.
D’abord, la médiation a montré ses limites : c’est bien beau d’adopter une « neutralité bienveillante » qui permet de ne pas rompre le contact… mais à force de mettre dans la colonne « tabou » tous les sujets qui fâchent, rien n’est abordé en profondeur, les vrais problèmes ne sont pas réglés, et on est en train de construire un modèle de collaboration qui n’a rien de naturel, et donc qui ne peut être que très provisoire. Dont acte, je devrai m’en contenter.
Il y a quand même une éclaircie à l’horizon : la situation devrait évoluer favorablement avant la fin de l’année.
Naturellement, tenir encore 7 mois dans ces conditions, c’est très long. Je vais donc devoir m'armer pour pouvoir faire face.
Quelqu’un m’a dit, récemment : « tu es la seule à avoir toujours assumé pleinement tes choix, aussi difficiles soient-ils »… et je me dis que là est peut-être la clé.
Au fil du temps, avec mon chef, j’ai été amenée à adopter des positions extrêmement dures… parce que lui-même est quelqu’un de très dur, qui ne fait pas dans la dentelle : c’est le boss, tout lui est permis. Point à la ligne.
Habituellement, je suis plutôt quelqu’un qui pratique « la main de fer dans le gant de velours » : quand je me fixe un cap, je le maintiens envers et contre tout, quel que soit le temps nécessaire pour atteindre mon objectif… et même si le chemin est parfois sinueux pour l’atteindre. Ceux qui me connaissent bien savent ça.
Pourquoi j’ai réagi autrement dans cette difficulté avec ce personnage ? Probablement à cause du caractère inédit de la situation : je ne me suis jamais trouvée face à un personnage aussi peu cohérent, je n’ai jamais eu à gérer une telle agressivité au quotidien... et souvent, dans l’urgence, j’ai réagi qu « sauve qui peut »… avec une efficacité fort limitée (quand on a un mur en face de soi et qu’on n’est pas un bulldozer, on arrive difficilement à bout de ce mur), et en prenant d’énormes risques avec ma santé et mon bien-être.
Et parce que « chieuse » n’est pas ma nature profonde, j’ai 2 grosses semaines de congé devant moi pour me recentrer sur ce que je suis vraiment, et élaborer une stratégie qui me ressemble plus pour « tenir » encore les 7 mois nécessaires avant la délivrance…
Tout un programme…









